On ne peut nier les efforts de Sarkozy "pour faire bouger les lignes", comme il aime à dire, sur le dossier proche-oriental. Il a indiscutablement marqué un point. Mais, la Syrie en a marqué cinq...
Il est frappant de constater la nette différence de ton entre les médias français et les médias libanais sur l'inauguration fracassante de l'UPM.
Les Libanais sont, bien sûr, très réservés. En France, au contraire, droite et gauche confondues saluent le volontarisme de Sarkozy qui a marqué un point. Mais la vérité est que c'est Bashar el Assad en a marqué cinq. Le premier, avec la France, le second avec l'ONU, le troisième avec les USA, le quatrième avec le Liban, le cinquième avec Israël ( ou plus exactement avec Olmert qui ne représente plus aujourd'hui que lui-même), et, en prime, le régime dictatorial du régime se renforcera.
Avec la France d' abord.
Contrairement à la légende qui célèbre les liens entre la France et la Syrie, la vérité est que la France, avec le soutien de quelques pays européens, a détaché de force le Liban à la Syrie, au temps de Napoléon III, en 1860 et 1861. La raison mérite d' en être rappelée : il s' agissait alors de libérer les chrétiens maronites, traités en dhimmis, comme c'est hélas souvent le cas dans l'Islam, par les musulmans et les Druzes de Syrie. La France, depuis des siècles, s'était donnée mission de défendre les pèlerins chrétiens contre les pillards, nombreux en Palestine. Le Liban devint un province autonome avec l'accord et au sein de l'empire Ottoman.
Au lendemain de la guerre 14/18, les accords Sykes Picot attribuaient à la France la tutelle sur la Syrie et le Liban. En 1943, au nom de la France libre, de Gaulle proclamait l'indépendance du Liban.
On comprend pourquoi la Syrie a comme ambition essentielle de récupérer le Liban qui lui avait été retiré de force par la France. Entre la France et la Syrie il y a un "je t'aime, moi non plus", "je t'aime" pour la France, "moi non plus" pour la Syrie.
Profitant de la guerre civile au Liban suite à l'invasion des Palestiniens sous l'égide d'Arafat, la Syrie a saisi l'occasion de jouer habilement entre les communautés pour mieux mettre en tutelle le Liban. La France chiraquienne a tenté régulièrement de libérer les Libanais de la tutelle syrienne. Rafic Hariri, ami et soutien de Chirac, a cru pouvoir libérer un peu le pays de l'emprise syrienne en se prévalant de la reconstruction du Liban dont il fut le maître d'œuvre. La riposte de la Syrie fut sans appel : Rafic Hariri fut assassiné le 14 février 2005. Furent ensuite assassinés nombre de dirigeants qui militaient pour mettre fin à l'emprise syrienne. La France, soutenue par les USA, qui eurent beaucoup à souffrir en Irak de par les terroristes infiltrés de et par la Syrie, exigèrent le retrait des troupes syriennes et créèrent un Tribunal international pour juger l'assassinat de Rafic Hariri.
Le danger était mortel pour le régime syrien. Il riposta en tentant de rendre impossible l'adoption par le Liban des résolutions soutenant la tenue du Tribunal international. Ainsi, la Syrie a empêché l'élection du Président de la République et le Hezbollah a provoqué une mini guerre civile en exigeant pour lui le droit de disposer d'une minorité de blocage afin d'empêcher la tenue de ce Tribunal. Le mois dernier Bashar el Assad a réussi à imposer son candidat à la présidence ainsi qu'une minorité de blocage pour le Hezbollah.
La France a tenté vainement de s'opposer aux calculs de Bashar el Assad. Sarkozy, faute de vaincre la Syrie, a fait volte face et choisi de composer avec le régime. La visite de Bashar el Assad est le signe de la victoire syrienne sur la défaite française. La tentative de Sarkozy de maquiller sa défaite en victoire est habile mais ne trompera pas grand monde.
Avec des "victoires" de ce genre, Sarkozy n'a pas besoin de défaites. La France va boire désormais la coupe jusqu'à la lie depuis l'odieux assassinat de l'ambassadeur français Louis Delamarre jusqu'à celui d'Hariri, en passant par l'assassinat de près d'une soixante de casques bleus français à Beyrouth en 1982, sans oublier les graves attentats perpétrés à Paris dans le métro et ailleurs.
En prime, la France "oublie" sa soi-disant politique sur les droits de l'homme dont les atteintes en Syrie sont autrement plus impressionnantes que celles dénoncées avec la Chine.
Avec l'ONU
Dans la foulée, avec la volte-face de Sarkozy, Bashar el Assad marque un second point encore plus retentissant : le Tribunal international patronné par l'ONU et échafaudé par la France et les USA, paraît bien sérieusement compromis. Il faut tout l'aplomb de Kouchner pour répondre à un journaliste qui l'interrogeait, que bien sûr, la justice suivrait son cours, tout en prétendant qu'il n'y avait pas de paix au Proche-Orient sans le soutien de la Syrie !
Alors que faire avec le tribunal international ? Le laisser dans les oubliettes ? A moins que Bashar lance lui-même un montage judiciaire pour arrêter "les assassins" supposés de Harari en utilisant un lampiste comme bouc émissaire.
De son côté, le Quai d'Orsay planche sur cette difficile question : comment "oublier" ce Tribunal International…
Avec les U.S.A.
Machiavéliquement, Bashar a sorti un joker pour se sortir du guêpier : demander aux USA d'être leur parrain pour résoudre le conflit moyen-oriental. Les pourparlers discrets sont avancés entre Syriens et Américains : la Syrie devra cesser tout soutien au terrorisme en Irak, calmer le Hamas et le Hezbollah, et aider au dialogue entre USA et Iran.
Mais l'Iran sera-t-elle prête à sacrifier le Hezbollah et le Hamas ? Pour le Hezbollah ce ne serait pas le plus grave. La Syrie pourrait faire du Hezbollah le parti majoritaire du Liban. Mais comment le Hezbollah, le Hamas et Ahmadinejad se résigneraient-ils à renoncer à la destruction d'Israël ? Assad a-t-il quelque atouts inconnus dans son jeu ?
Avec le Liban
Il ne reste plus qu'à sauver la face à la France et aux USA sur le Liban. Le Liban sera un discret satellite de la Syrie. Des ambassadeurs seront nommés entre le Liban et la Syrie. Quelles seraient les frontières entre ces deux Etats ? Bashar est resté très discret. Après tout, bien des satellites de l'URSS avaient des frontières. Cela a-t-il empêché l'URSS de tirer souverainement les ficelles ? La vérité est que le Liban plus que jamais deviendra libre en apparence mais entièrement dominé par la Syrie.
Avec Israël
En échange de la paix avec la Syrie, Israël restituera le Golan. Il suffit de regarder la carte : la Syrie va s'agrandir considérablement avec le Liban et le Golan.
Le plus scandaleux est que la France retirera quelques menus avantages politiques... en faisant payer la facture à Israël qui devra restituer le Golan ! Et elle ne manquera pas de se prévaloir d'avoir soutenu Israël.
Dans cette affaire, le pitoyable Olmert a joué un rôle secondaire mais très utile à la Syrie. Alors que jusqu'alors, Olmert se montrait docile avec les USA, il avait cependant tenté d'effectuer une "percée" avec la Syrie pour redorer son blason. Les USA ont beaucoup insisté pour qu'il diffère un projet qui, inévitablement, permettrait à Bashar de desserrer l'étau en proposant un règlement du conflit israélo-palestinien. En quelques jours, Sarkozy, Kouchner et le pitoyable Olmert ont joué les éléphants dans un magasin de porcelaine.
Mais ce n'est pas tout ! Sarkozy a déjà annoncé qu'il fallait rendre toutes les "colonies" et la moitié de Jérusalem. Assad et Abbas demandent aussi un retour non négligeable de réfugiés. Assad, l'Egypte et la Ligue arabe, veut que l'on dénucléarise Israël. Assad l'a répété devant Sarkozy.
La paix que l'on proposera à Israël est chiffon de papier : Israël sera encerclé sans aucun espace de combat que son propre territoire réduit à une peau de chagrin. Ahmadinejad, le Hamas, le Hezbollah et bien sûr la Syrie peuvent jurer qu'Israël ne sera pas rayé de la carte. Ensuite un million d'arabes israéliens et quelques centaines de mille de réfugiés, et une campagne internationale intense prétendra qu'il peut y avoir un Etat d'Israël mais en aucun cas un Etat juif, car, paraît-il, le judaïsme n'est qu'une religion et non un peuple : de la négation de la shoah, on passera à la négation d'un peuple juif !
Le scénario est déjà tout écrit, et il est des histrions comme Peres, Olmert et quelques autres qui aspirent à y jouer un rôle…