Est-ce que le rêve d’un Etat juif au Proche-Orient touche à sa fin ? Question indécente peut-être, mais à y réfléchir…
Depuis les débuts du sionisme politique, la question des Arabes d’Erets Israël n’a cessé de constituer une épine dans le pied de cette merveilleuse révolution qui a permis à la Nation juive de retrouver sa terre ancestrale. Que l’on ait été partisan d’un « Etat juif » ou d’un « Etat des Juifs », le dénominateur commun était la reprise en main de son propre destin par le peuple juif reconstitué. Mais dans leurs pires cauchemars, les pionniers empreints d’idéalisme universel n’auraient jamais imaginé que les pays arabes allaient transformer la population arabe locale en formidable machine de guerre contre Israël.
Soixante ans après la déclaration d’Indépendance, le constat ne porte pas à l’optimisme, du moins sur un plan rationnel: Israël compte en son sein presque un quart de citoyens arabes, dotés d’un taux de natalité bien plus élevé que celui des Juifs, et le pays est entouré de pays ou de populations que l’on ne peut guère qualifier de philosémites... Et contrairement à une classification artificielle et confortable, tous les Arabes qui se disent « Palestiniens » revendiquent aujourd’hui une seule et même entité, même si elle fut fabriquée de toutes pièces. Ceci signifie en clair que l’Arabe de Gaza, de Ramallah ou de Galilée, au-delà de leurs différences, se sentent appartenir à la même communauté de destin, et que leur rêve est identique même si les voies pour y arriver sont différentes.
En se projetant dans l’avenir, comment faire alors pour préserver cet îlot chèrement payé et toujours menacé qu’est l’Etat d’Israël en tant qu’Etat (des) Juif(s) ?
Depuis 1967, les tenants du « partage territorial », par idéologie ou par «realpolitik », ont pensé que la seule solution au conflit serait de permettre l’émergence d’une « entité » palestinienne sur tout ou une partie de la Judée-Samarie, ce qui éviterait à Israël d’administrer plusieurs millions d’Arabes palestiniens hostiles, et supprimerait du coup leurs revendications nationales. Naîtrait alors un « Nouveau Moyen-Orient », fait de développement et de coopération économiques entre les deux Etats etc. etc… De manière inouïe, les partisans du partage (Arabes comme Juifs) émettent comme condition essentielle de rendre les zones cédées aux Palestiniens « Judenrein », c'est-à-dire totalement vidée de présence juive, alors qu’en même temps, Israël continuerait à compter dans sa population un million et demi d’Arabes qui revendiquent de plus en plus leur « palestinité ».
La débâcle des Accords d’Oslo, et l’essai en « laboratoire » de cette solution avec la « Hitnatkout » du Goush Katif auront définitivement prouvé aux crédules que cette méthode était vouée à un échec cuisant. Ces reculs stratégiques d’Israël n’ont fait que galvaniser davantage encore le nationalisme palestinien, certain que « l’ennemi sioniste » était devenu soudain vulnérable et que la « reconquête de toute la Palestine était en marche ». Le départ dans la douleur et les larmes des 8.000 Juifs du Goush Katif a porté au pouvoir le Hamas, a transformé les ruines de leurs merveilleux villages en camps d’entraînements terroristes, et a mis tous les villages juifs environnants sous le feu continuel des Kassam.
Au vu de l’évolution du Proche-Orient, les effets d’une solution de partage sont aisément décelables : expulsion de dizaines de milliers de Juifs avec destruction de leurs villages et entreprises, création d’un Etat non viable – donc violent – aux portes d’Israël, avancée de l’Islam et transformation à terme de ces zones en base avancée de l’Iran, revendications de la population arabe israélienne avec demande d’autonomie ou de rattachement à l’Etat palestinien. Et sans oublier la redivision de Jérusalem.
Et pourtant, l’idée du partage et de la solution « de deux Etats pour deux peuples », si chère à George Bush est devenu un mantra dans la jargon politique israélien. Les dirigeants actuels dans une fuite en avant, la présentent comme étant la seule solution pour permettre à Israël de conserver à terme une majorité juive.
De nombreux signes montrent que cette formule semble s’essoufler et que les protagonistes cherchent des « solutions nouvelles ». Seuls l’Administration américaine et le gouvernement israélien semblent encore y croire, ou du moins, font semblant. Mais les dernières propositions d’Ehoud Olmert, divulguées par « Haaretz » ont été rapidement et dédaigneusement rejetées par l’Autorité Palestinienne. Les demi pourcentages ici et là n’intéressent pas Abou Mazen et ses sbires, et pourquoi accepter moins que ce qu’Arafat avait refusé à Barak à Camp David !
Pour la première fois, plusieurs personnalités palestiniennes, de « l’extérieur » comme de « l’intérieur » ont récemment évoqué l’idée de l’abandon de la solution de « deux Etats », du fait de l’impossibilité de sa réalisation. On peut citer Abou Alaa, responsable de l’équipe palestinienne de négociations, le Professeur Sari Nusseibeh, Arabe de Jérusalem et ex-fervent de la solution de partage (avec Ami Ayalon), ou encore Taleb A-Saana, député arabe israélien qui veut en faire la plateforme du parti Raam-Taal !
C’est dans ces nouvelles pistes qu’ils proposent que se trouve l’aspect tragique évoqué dans la question posée au début de cet article : l’alternative à la solution de deux Etats – dont on mesure le danger pour Israël – serait la création d’un Etat bi-national de la Méditerranée au Jourdain.
Cette pirouette intellectuelle et sournoise permet à la fois aux Palestiniens de ne plus se poser de front en « négateurs d’une souveraineté juive » en Erets Israël, mais en même temps, elle leur permet dans un premier stade de supprimer toute spécificité juive à l’Etat, devenu « celui de tous ses citoyens », et dans une deuxième étape, avec l’afflux de « réfugiés » de l’extérieur, de poser les jalons d’un futur rééquilibrage démographique, puis d’un renversement, qui transformerait à terme les Juifs d’Erets Israël en « minorité nationale » (protégée ?) dans une Grande Palestine arabe et si déjà, islamique. C’est tout bonnement ce que propose le Hamas !
Certes, d’autres solutions plus audacieuses existent mais elles sont soit irréalisables d’un point de vue pratique (transfert de populations), soit elles ne bénéficient (hélas) que d’une très faible adhésion dans les opinions publiques (« Initiative Israélienne » de Benny Eilon).
Ces réflexions à priori pessimistes ne doivent pourtant pas nous décourager. Au contraire, elles ne peuvent pousser qu’au constat suivant : la solution « à vue humaine » à ce conflit séculaire n’existant pas, « c’est par d’autres voies que viendra la réponse » pour paraphraser Mardochée. Le peuple juif n’est pas revenu dans cette région après 2000 ans pour redevenir une minorité tolérée si chère aux Musulmans.
Ce qui se passe dans ce coin du monde nous dépasse et il faut avoir l’humilité de le reconnaître. Et pour cela, il fallait probablement que les hommes fassent d’abord l’expérience des limites de leur « omnipotence ».