Les événements qui se sont déroulés il y a trois ans, ont traduit l'état d'abaissement de notre pays au niveau des valeurs, de la morale, de la spiritualité et des qualités d'âme.
A cette grave crise, il y a un remède : opérer un changement d'ordre culturel, éducatif et éthique au sein de la société israélienne, dans la vie individuelle, familiale et politique.
Il y a 90 ans (5678, 1918), le Rav Kook a su identifier que le Mouvement sioniste –qui proclamait n'avoir rien de commun avec la religion– serait à l'origine d'une profonde crise nationale dans les domaines ci-dessus mentionnés. Déjà à l'époque, le grand Maître voulait promouvoir un mouvement national et politique qui influencerait le processus de la renaissance nationale. Par lui, celle-ci puiserait à la sainteté et s'effectuerait selon sa destination authentique, réaliser la promesse faite par Dieu à Abraham : "Je te ferai devenir une grande nation…, tu deviendras une bénédiction…, toutes les familles de la terre seront bénies par toi" (Gen. XII, 2)3), et l'annonce de notre mission dévoilée par Dieu lors de la Révélation sinaïtique : "Vous serez, pour Moi, un royaume de prêtres et un peuple saint" (Ex. XIX, 6) ; en d'autres termes, éclairer les Nations et non pas, comme l'estimaient à tort les idéologues du mouvement sioniste, être un peuple comme les autres qui n'aurait d'autres buts que de boire, de manger et de se remettre des malheurs qui l'a frappé durant la Diaspora, sans plus. Hélas, les dirigeants de l'Etat et ceux qui les soutiennent continuent de prôner une conception qui a entraîné la crise des valeurs éthiques actuelle.
A ce mouvement, le Rav Kook avait donné pour titre "le Drapeau de Jérusalem" car la ville sainte est l'expression spirituelle et tangible de la "Knesset Israël" (l'entité d'Israël à son niveau céleste, spirituel et idéel) dans son caractère de sainteté. Or Jérusalem (avec tout ce qu'elle symbolise) dévoile notre mission cosmopolitique "que de Sion sortira la Thora et de Jérusalem la Parole de l'Eternel" (Is. II, 3).
L'appel du grand Maître de fonder ce mouvement pour spiritualiser le processus de la Renaissance n'a pas encore abouti, mais les objectifs qu'il visait restent éminemment actuels et sont immédiatement applicables.
Ceci étant – De toute urgence, il faut matérialiser les conceptions et la plate-forme du "Drapeau de Jérusalem" car notre nation a grandement besoin de recouvrer son unité. Celle-ci ne se fera que si, ensemble, nous nous regroupons autour des valeurs d'où il a constamment puisé sa raison d'être.
Devant la crise spirituelle et morale qui frappe notre pays, nous devons repenser nos conceptions. Jusqu'à présent, la survie –incarnée par la sécurité et l'économie– était le problème national n° 1. A présent, il est impératif de donner la priorité aux problèmes d'ordre spirituel et moral, ceux-là et ceux-ci étant d'ailleurs intimement liés. Il faut donc réactualiser le mouvement que projetait le grand Maître et qui avait pour devise : "Nous, peuple éternel, venons éclairer le monde, de Jérusalem, ville universelle".
"Sois fort, soyons forts pour notre peuple et pour les villes de notre Dieu" (Sam. II, X, 12).
Dans l'attente de la Délivrance pleine et entière.
Traduit par Maïmon Retbi pour le Machon Méïr.