Connaissez-vous l'IPF? Non? Je m'en doutais. Rassurez-vous, vous ne ratez pas grand-chose. L'IPF est une organisation créée vers la fin de 1993, l'année d'Oslo, dont l'objectif fut de convaincre les Juifs américains de l'implacable intelligence politique et stratégique se cachant derrière le processus qui porte le nom de la capitale norvégienne.
Ses fondateurs partirent en effet du principe que ledit processus avait besoin de sérieux défenseurs, la puissance de sa logique n'étant apparemment pas évidente pour tout le monde (allez savoir pourquoi). Par la force des choses et durant des années, les liens entre le groupe et les dirigeants du Likoud furent plutôt tendus. Jusqu'au jour où un gouvernement Likoud décida d'expulser des milliers de Juifs de chez eux. Du coup, les relations entre l'IPF et le Likoud se réchauffèrent rapidement au point où, par un beau matin de Juin 2005, le ministre du Commerce et de l'Industrie, un certain Ehoud Olmert fut invité au Waldorf Astoria de New York pour parler devant ces messieurs.
Juin 2005, c'est-à-dire deux mois avant de vider Gouch Katif de ses Juifs, et moins de 5 mois avant qu'Olmert ne quitte le Likoud pour fonder avec Sharon un nouveau parti, Kadima. Celui qui deviendra 3 ans plus tard le Premier ministre le plus impopulaire de l'histoire d'Israël, accepte l'invitation et c'est là que les choses deviennent intéressantes.
Olmert commande son billet à son agence de voyage favorite, la Rishontours, laquelle s'empresse d'envoyer la facture à l'IPF. Parallèlement, elle ne manque pas d'envoyer une seconde facture sur le même billet à l'Association pour le Bien Etre du Soldat, en faveur de laquelle on suppose qu'Olmert devait également œuvrer durant son séjour.
Et c'est ainsi que le 8 juin, très ému, le ministre de Sharon se retrouve devant les membres de l'IPF (l'organisation existe toujours. Fidèle à elle-même, elle vient tout juste d'envoyer une lettre polie mais ferme de remontrances à Condoleeza Rice, coupable d'avoir émis des réserves sur l'opportunité d'ouvrir des négociations directes avec nos aimables partenaires du Hamas…).
Vous pouvez retrouver l'intégralité du discours dans les archives du site de l'IPF. Mais aujourd'hui, avec le recul et un petit effort d'imagination, on peut également essayer de lire les pensées de l'orateur. Dans les lignes qui suivent, je les ai placées en italiques. Elles n'engagent bien sûr que moi: toute ressemblance avec les véritables pensées de M. Olmert lors de ce discours est totalement fortuite. Quoique…
Il commence par flatter son auditoire en le caressant dans le sens du poil: "Lorsque je suis arrivé ici tout à l'heure, vous fûtes nombreux à me dire toute le plaisir que vous avez ressenti en apprenant que j'avais accepté votre invitation. Il est vrai qu'il n'est pas naturel pour le fier membre du Likoud que je suis (mais ne vous inquiétez pas, je ne le resterai plus très longtemps), de répondre présent. Mais le fait est que je suis très très heureux d'être là, très très heureux que vous m'ayez invité (d'autant plus heureux, ladies and gentlemen, que ce petit voyage en première classe vous a coûté la modique somme de 7813 dollars et 65 cents. Ce qui, en ajoutant ce que les gogos de l'Association pour le Bien Etre du Soldat ont déboursé, nous amène tout de même à 14226 $ , sans compter les frais d'hôtel et de restos. Tout cela est allé rejoindre mon p'tit compte secret géré par mes délicieux amis de la Rishontours. De quoi payer prochainement des vacances bien méritées à Aliza et aux enfants).
Chers (très chers, même) amis, notre Premier ministre, Mister Ariel Sharon, m'a remis un télégramme pour vous. Compte tenu du passé et de son contentieux, il doit vous sembler étrange de recevoir un télégramme de Mister Sharon (sacré Arik quand même! Quand je pense avec quelle facilité il a trahi ceux avec qui il travaille depuis 30 ans! C'est simple, je lui dois tout, il m'a tout appris) mais cela prouve uniquement à quel point les choses évoluent! Il nous faut abandonner les vieux préjugés qui dictaient notre conduite et regarder de l'avant vers de nouveaux horizons (tiens, voilà que je me mets à parler comme Shimon Pérès maintenant. Si je ne me retiens pas, je vais finir par leur servir la tirade sur le nouveau Moyen Orient! Allez chiche, je me lâche).
Le plan de désengagement qui sera appliqué à la lettre et dans les temps (longues ovations) sera positif pour nous, comme pour les Palestiniens! Une nouvelle aube se lève sur notre région! Avec plus de sécurité, de progrès et surtout de bonheur pour tous les peuples du Moyen Orient! (relongues ovations). (En fait, j'ai toujours été bon moi, pour prévoir l'avenir… Non, je déconne. La vérité c'est que je n'ai aucune idée de ce que tout cela va donner. Mais bon, les gens veulent qu'on leur vende de l'espoir, pourquoi leur refuser ce plaisir? D'autant qu'à part mon billet, ce ne sont pas ces gauchistes new-yorkais qui vont devoir payer la note mais les idéalistes de Nevé Dékalim qui croyaient vraiment qu'on n'allait pas oser les sacrifier! Bande de naïfs!!
Et c'est à ce moment là, amis lecteurs qu'Ehoud Olmert va prononcer la phrase qui va rester dans les annales. Emporté par son élan ou porté par les applaudissements, il va alors dire ceci:
"Nous sommes fatigués de faire la guerre, fatigués d'être courageux, fatigués de vaincre nos ennemis!". Entre temps, Olmert nous a abondamment prouvé qu'il était en effet fatigué de vaincre. Nous n'avions pas besoin d'assister à la libération honteuse d'assassins de femmes et d'enfants contre la restitution de deux cadavres pour s'en convaincre. C'est sans doute le seul passage de ce fameux discours où il était sincère… Si on ne compte pas le "je suis très très heureux que vous m'ayez invité", bien sûr…
Arrêtez-moi si je dis des bêtises…