Au lendemain de la Première guerre mondiale, de nombreux Juifs se rendent en Palestine, ne faisant pas cas du quota autorisé par le mandat. Pour la plupart des observateurs, cette troisième Alya, composée essentiellement de jeunes gens, était un suicide, mais les immigrants démentirent ces funestes prévisions, retroussèrent leurs manches et se mirent au travail
Les bataillons du travail (de son nom complet : bataillons de travail et de défense en souvenir de Yossef Trumpeldor) fut une organisation socialiste crée en Erets Israël, à l’époque de la troisième Alya. Elle aspirait à créer une «commune générale» regroupant tous les ouvriers d’Erets Israël.
Les bataillons du travail furent créés en 1920 dans un camp de travailleurs chargés de créer une route entre Tibériade et Tsemah, au cours d’une cérémonie de souvenir marquant six mois après la mort de Yossef Trumpeldor, à Tel Hay. C’est une bande de pionniers originaires du mouvement «Hehalouts» (Le pionnier) de Russie et profondément marqués par la personnalité et par les idées de Trumpeldor, qui en eurent l’idée. Ils se considéraient comme le fer de lance de la réalisation du sionisme. Les principaux étaient Menahem Elkind, Davis Horvitz, Itshak Sadeh et Yeouda Almog. Certains membres du groupe «Hachomer» qui mit fin à ses activités cette même année, se joignirent à eux.
En tant que sionistes socialistes, ils aspiraient à fonder une commune générale, un kibboutz national regroupant l’ensemble des travailleurs d’Erets Israël et se basant sur les principes d’égalité, de collaboration et d’entraide. Et en effet, il fut fixé que le but du bataillon serait : la construction d’Erets Israël par la création d’une commune de travailleurs juifs en Erets Israël. L’organisation s’engagea à s’en remettre à la Histadrout pour tout ce qui concerne la protection et le travail, à créer une caisse répondant à tous les besoins des membres, à améliorer les conditions de travail grâce aux bénéfices, etc.
Le bataillon se divisait en groupes de 12 travailleurs. Chaque groupe désignait un délégué qui les représentait au comité dont les membres étaient chargés d’élire un président. Les candidats étaient tout d’abord accueillis pour une durée d’essai d’un mois, au terme duquel avait lieu un vote leur permettant ou leur refusant d’adhérer à l’organisation.
Lors de sa formation, l’organisation comptait 80 membres qui furent très rapidement rejoints par 2000 autres. Ils oeuvraient dans plusieurs camps et bien que dispersés à travers le pays, ils restaient attachés au Bataillon et à ses principes particuliers.
Ces pionniers réalisèrent des projets initiés par le pouvoir britannique, comme la construction de routes, de voies ferrées (entre Roch-Ayn et Petah Tikva), l’assèchement de marais dans le Emek Izréel, la taille de pierres dans des carrières à Jérusalem, Haïfa et en Haute Galilée. Ils cultivent la terre et créent des kibboutzim tels que Ein-Harod, Tel-Yosseph et Ramat Rahel.
Un projet d’une telle ampleur connut forcément des problèmes. Par exemple, avec le temps, certains acceptèrent des offres d’emplois mieux payées après avoir reçu leur formation professionnelle. L’abandon de ces membres causa des difficultés financières, les caisses de l’organisation se vidèrent rapidement et les dettes augmentèrent. Parallèlement, les relations entre le Bataillon et la Histadrout se gâtèrent. En 1925, Israël Chohat se rendit en Union soviétique en tant que représentant du Bataillon, afin de négocier une collaboration avec les dirigeants soviétiques pour combattre le mandat britannique. Cette démarche contrait la position des dirigeants du Yshouv de l’époque et à son retour, Shohat et la délégation qui l’avait accompagné dans son voyage, furent évincés de leurs postes officiels au sein des institutions du Yshouv.
Peu à peu, les divergences d’opinion sur le plan idéologique, creusèrent un fossé et en 1926, le Bataillon se divisa en deux : celui de droite et celui de gauche, aux idées carrément communistes. 60 membres du Bataillon de gauche immigrèrent en Union soviétique et y créèrent une nouvelle commune. Ils eurent un sort tragique : certains furent assassinés dans le cadre de «l’épuration ethnique» de Staline et les autres moururent durant la Shoah.
L’existence du Bataillon du travail dura sept ans et il disparut à cause de conflits qui éclatèrent entre ses membres. En tant que tentative sociale qui consistait à créer une commune à l’échelle nationale, une énorme coopérative se basant sur le principe de l’égalité et de l’entraide, le Bataillon a échoué, c’est un fait. Ceci dit, des centaines de pionniers y firent leur apprentissage du travail et de la défense et grâce à lui, de nombreuses localités virent le jour.