Il n’y a pas si longtemps, les dirigeants de l’Etat jouissaient d’une marge d’erreur dans leur prise de décisions. Israël était militairement et économiquement fort et avait réussi à dissuader ses ennemis, qui réfléchissaient à deux fois avant de l’attaquer. En vertu de quoi, Israël pouvait se permettre de prendre des risques et même lorsque ses dirigeants commettaient des erreurs, elles n’avaient pas de conséquences catastrophiques.
Ariel Sharon avait suffisamment de confiance en lui-même pour annoncer qu’Israël, n’ayant plus de partenaire pour des négociations, fixerait unilatéralement ses frontières, aurait recours à Tsahal pour évacuer les villages juifs et deviendrait «plus juif et plus démocratique» C’est à cette même époque qu’Ehoud Olmert, qui était alors vice premier ministre, avait prononcé son célèbre discours "nous sommes fatigués des guerres et fatigués de vaincre nos ennemis"
Ceux qui parmi nous, avaient été alarmés par une telle attitude, s’étaient réconfortés en se disant qu’Israël était assez fort pour se permettre une marge d'erreur et même d’en commettre plusieurs. Mais depuis qu’Olmert est devenu Premier ministre, les erreurs se sont accumulées à un tel rythme, que notre marge d'erreur a disparu à vue d’œil.
Bien que les relations entre nous et nos ennemis n’ont pas toujours été un «jeu à somme nulle», quand il est question de ceux parmi nos ennemis, qui ont pour but de nous éliminer, il s’agit bel et bien d’un "jeu à somme nulle" Ce qui est bon pour eux, est mauvais pour Israël.
Malheureusement, une partie des ennemis d'Israël ne cachent pas leur intention de l’éliminer. L’Iran, sous la direction de Mahmoud Ahmadinejad, le Hezbollah et le Hamas appartiennent à cette catégorie. Lorsque la chance est de leur côté, c’est mauvais pour Israël et la marge d'erreur qui reste à Israël, se réduit encore plus. Durant le mandat du gouvernement d’Olmert, la chance a souri au Hezbollah et au Hamas, en résultat des erreurs commises par Israël.
La débâcle de la Deuxième Guerre Liban a été interprétée par les ennemis d'Israël comme le signe que l’on peut vaincre Israël sur le champ de bataille. La force du Hezbollah et son influence au Liban ont considérablement augmenté. Le nouveau Président libanais, Michel Suleiman, a récemment proclamé que «le Hezbollah a libéré le sud du Liban de l'occupation israélienne» et il a poursuivi en disant «qu’on ne peut considérer ceux qui ont défendu leur terre et qui l’ont libérée de l'occupation comme des terroristes» La libération de Samir Kuntar en échange des corps d’Ehoud Goldwasser et d’Eldad Réguev n’ont fait que renforcer le statut du Hezbollah au Liban et dans l’ensemble du monde arabe.
L’expulsion de 8000 Israéliens du Goush Katif dans le cadre du plan de «désengagement unilatéral», a contribué à la victoire du Hamas aux élections et par la suite, à leur prise du pouvoir sur la bande de Gaza et les a encouragés à tirer des roquettes et des obus de mortier sur le Néguev occidental. L’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et cette organisation terroriste, l’a encore plus renforcé et a augmenté son prestige auprès des Palestiniens et du monde arabe. La marge d’erreur d’Israël a encore diminué.
Et à présent, c’est le tour du dictateur syrien Bashar El Assad de goûter à la politique aventurière d’Olmert. Il est vrai que les relations entre Israël et la Syrie ne peuvent être qualifiées de "jeu à somme nulle" Certaines démarches pourraient profiter aux deux pays. Mais le fait que jusqu’à il n’y a pas si longtemps, la Syrie était considérée par la majeure partie du monde occidental, comme faisant partie de «l'axe du mal», ne pouvait que profiter à Israël, car cela dissuadait le dictateur syrien d’entreprendre des démarches hostiles à son encontre et l’aurait poussé à assouplir ses positions au moment d’éventuelles négociations. Dans le monde entier, on n’oubliera pas de si tôt son soutien au Hezbollah et les accusations selon lesquelles il était responsable de l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri. Le fait qu’Imad Mughniyeh, l’archi-terroriste du Hezbollah, se trouvait à Damas au moment de son assassinat, ne fut pas dû au hasard. La réputation de la Syrie en matière de Droits de l'homme, est bien connue. Toute contribution à l’amélioration de l'image d’Assad, ne peut en aucun cas profiter à Israël.
A présent, alors qu’Assad est boycotté par les États-Unis et par la plupart des pays européens, vient Olmert en insistant pour engager des négociations avec lui. Si quelqu'un se demande comment Assad a-t-il fait pour mériter soudainement la légitimité et pour être chaleureusement accueilli par le Président français Nicolas Sarkozy, il n’a qu’à chercher la réponse du côté du cabinet d’Olmert et du ministère des Affaires étrangères à Jérusalem. Lorsque le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a récemment été interrogé sur ce point, il a répondu : "nous ne pouvons pas être plus israéliens que les Israéliens !"
Peut-être que le gouvernement d’Olmert ne tiendra pas plus que quelques semaines encore, mais durant ces quelques semaines, au rythme où l’on va, il risque de gaspiller la faible marge d'erreur qu’il reste à Israël.
Moshé Arens, membre du Likoud, ex Ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, puis ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères d’Israël.