
Il est vrai que l’un des derniers sujets que l’on considèrerait être compatible avec l’humour est le nazisme, encore moins son représentant le plus emblématique : Adolphe Hitler lui-même.
C’est peut-être l’occasion de rappeler que le premier à avoir osé le faire, de façon magistrale, et avant tous les autres, fut Charlie Chaplin dans son chef-d’œuvre cinématographique : Le Dictateur. D’autant plus, doit-on préciser, que cette diatribe subtile, comique et virulente, fut réalisée à un moment où le courage était rare.
Mais la question sous-jacente, celle qui peut interpeller de nombreuses personnes est celle des limites supposées de l’humour : jusqu’où et de quoi peut-on se moquer ?
Beaucoup réfléchissent à cette problématique, d’autres l’ont déjà éludée. Ou lui ont même tordu le cou. C’est le cas de certains étudiants de l’école des Arts Betsalel à Jérusalem qui proposent actuellement une exposition particulièrement originale, c’est le moins que l’on puisse dire.
De quoi s’agit-il exactement ? Il s’agit de présenter des photos d’Hitler dans lesquelles celui-ci est rendu ridicule.
"Ce travail résulte de diverses recherches sur la notion d’image et d’icône, et sur l’utilisation de l’humour en tant que moyen de réalisation ou d’association à une idée", déclare Nir Avigad, à l’origine de ce programme.
Son projet consiste donc en une série de 150 images représentant le Führer, réadaptées de façon comique. Selon Avigad, cette initiative a suscité davantage de réactions positives. Seules deux réactions d’opposition se sont exprimées.
"J’ai fait en sorte, autant que possible, de ne pas choquer. De la même manière que Marylin Monroe est une icône de beauté, Mère Thérésa de bonté ou le Dalaï Lama de paix, Hitler est lui aussi une icône, qu’on le veuille ou pas. C’est une icône du mal. Mais à celle-ci est accolé un tabou. Il nous est interdit de réfléchir, de développer, de toucher ou d’en rire. C’est un fait établi qu’il existe une inévitable timidité, une absence d’audace liées à notre vision de toute chose, en particulier lorsque cela concerne le peuple considéré comme le plus infâme de l’histoire humaine".
Une question lancinante demeure : ne risque t’on pas de voir dans cette exposition un soutien tacite à Hitler ?
"Il est clair que cette initiative ne vise pas à soutenir la cause nazie, ni présenter ses idées et objectifs sous une lumière positive. Il s’agit plutôt de montrer l’image inconsciente du mal qui est attachée à Hitler et d’un point de vue visuel, son image est accolée à nos esprits et à notre conscience".
Avigad revient sur la notion d’icône, et en quoi elle s’applique à Hitler : "Une icône est un simple symbole visuel destiné à délivrer un message rapide et clair, sans même l’aide des mots. C’est pour cette raison qu’une simple manipulation graphique d’une telle icône peut permettre de délivrer des concepts et idées complexes".
En réponse à cette "petite" controverse, somme toute habituelle dans un pays où c’est le sport national, le président de l’Académie Betsalel, Arnon Zuckerman a simplement rappelé que son établissement n’imposait aucune limite à ses étudiants, en aucune façon. Tant que le mauvais goût ne s’invite pas dans ses locaux …
"Je n’y vois rien d’offensant. Je n’aurais pas utilisé l’image de Hitler mais Nir Avigad y tenait, justement parce qu’il pensait que cela attirerait l’attention".
En tout état de cause, l’attention du Centre des Organisations en faveur des victimes de la Shoah a bien été éveillée : "Malgré les explications de Nir Gad, nous n’avons pas trouvé cela drôle du tout. Il devrait comprendre que la question de l’art et de sa représentation ne sont pas exemptes de sentiments".