Nos ennemis nous connaissent par cœur, ils nous entendent et nous comprennent mieux que nous ne comprenons nous-mêmes le processus d’autodestruction que nous réalisons de nos propres mains.
Nos ennemis voient en face d’eux un peuple «hystérique, sentimental, pleurnicheur, jouisseur, matérialiste, indulgent, individualiste», un peuple qui se prend des coups et qui les encaisse, qui a perdu ses racines historiques, son idéologie, ses valeurs, son sentiment de solidarité, qui veut tout et tout de suite et qui est prêt à payer n’importe quel prix, sans tenir compte des conséquences futures de son attitude irresponsable.
Nos ennemis constatent que nous avons une presse engagée, qui a investi des heures de diffusion et des pages de journaux incalculables pour créer un mélodrame médiatique sur le fond des larmes d’une épouse et des soupirs d’une mère et qui, ce faisant, a influé sur l’opinion publique et l’a convaincue qu’il faut payer n’importe quel prix pour obtenir un résultat dans l’immédiat. Qui a chargé les journalistes de fixer les priorités nationales ? Qui a fixé qu’il est juste de rendre un assassin en vie contre deux morts ? Un de ces journalistes a-t-il pensé aux conséquences des pressions qu’ils ont exercées sur ce gouvernement de serpillières dans l’avenir ?
Quiconque connaît l’ABC des marchés au Moyen-Orient, sait très bien que dès l’instant où un bord se montre stressé, le prix augmente et que plus la tension monte, plus le prix est élevé. L’attitude médiatique et publique que nous adoptons face à nos ennemis, que ce soit au Liban, en Syrie ou dans la bande de Gaza, leur montre que plus ils accroissent leurs pressions sur nous, plus nous serons disposés à payer plus cher afin que les pressions diminuent, qu’il s’agisse de pressions par le biais de missiles ou qu’il s’agisse de pressions psychologiques. Résultat de notre panique médiatique et publique : nous faisons nous-mêmes grimper le prix du marché, même si nous ne pouvons pas nous permettre de le payer.
Telle est notre attitude déshonorante face au Hamas à Gaza, face au Hezbollah au Liban et face à la Syrie, alors que nous entendons chaque jour le refrain que les ‘Sages de Sion’ récitent comme des perroquets sur les médias : «Nous savons tous quel est le prix d’un cessez-le-feu / du retour de soldats retenus en otages / de la paix avec la Syrie» et quand nos ennemis entendent ça, pourquoi demanderaient-ils moins que ce que «tout le monde sait qu’il faut payer» ?
A part cela, notre montre diffère de celle de nos ennemis : chez nous, un gouvernement moyen ne tient pas plus de trois années. Donc, s’ils veulent obtenir quelque chose, ils leur faut agir en exerçant des pressions qui seront perçues par l’autre bord dans les plus brefs délais.
Les Musulmans, se basant sur le Coran, croient «qu’Allah est patient» et qu’il aide celui qui attend patiemment et qui est prêt à supporter les souffrances qu’impliquent la lutte et l’aspiration à la victoire finale qui finira par arriver «Inchallah»
Nassrallah leur en a donné l’exemple !
Un peuple qui n’a pas de patience, qui veut tout obtenir immédiatement et qui est incapable de supporter la vue de la pauvreté, de la faim, de la soif, les maladies et l’extrémisme qui l’entourent, ne peut survivre dans un Moyen-Orient aussi ancien, où les Chiites se battent encore pour récupérer le pouvoir sur l’Islam qui leur a été pris il y a 1400 ans et où des valeurs telles que la démocratie, les Droits de l’Homme et des minorités, des femmes, du culte ou du non culte, ne sont qu’un rêve lointain, encore plus lointain que notre souffle.
Seul un peuple idéaliste, conscient de sa mission, sûr qu’il est dans son droit et convaincu qu’il fait partie d’un processus historique, prêt à supporter et à payer le prix de sa survie, à la sueur de son front et au prix de larmes versées, seul un tel peuple peut survivre au Moyen-Orient. Des serpillières post juives qui deviendront tôt ou tard post sionistes, n’ont pas leur place dans cette région.
Docteur Mordehaï Keidar, Département des Etudes arabes à l’Université de Bar-Ilan et chercheur en stratégie au Centre Begin – Sadate.