Une fois que nous avons fait le tour de la "surprise", de la "colère", de la "déception", de "l’écœurement", du "dégoût", de la "honte" et de tous les clichés et que nous en sommes gavés, maintenant que le vase a débordé et qu’une nouvelle enquête vient de s'ouvrir, alors que nous ne pouvons plus digérer la série d’accusations, de soupçons, de témoignages, de documents, de preuves, de fuites et d’incriminations contre le misérable individu qui occupe encore le siège du Premier ministre d’Israël, qu’est-ce qu’il nous reste ? Il nous reste la confusion. Une immense et sombre mer de confusion. Que fait-on de tout cela à présent ? Comment avaler cette situation ? Faut-il se mêler à la poursuite de cet homme ? Compter jusqu’à dix et essayer de peser le pour et le contre ?
Ehoud Olmert doit abandonner. Cela suffit, il a dépassé toutes les limites ! Si dans deux ou cinq ans, il s’avère qu’il était totalement innocent, nous nous présenterons à lui pour lui présenter nos excuses et pour le renommer Premier ministre à vie. Mais pour l’instant, telles que les choses se présentent, ce n’est plus possible. Ce pays a besoin d’un vrai gouvernement et pas d’un gouvernement fantôme !
Il n’est pas question que de vous, Olmert, mais de nous tous ! C’est vrai, vous avez le droit de vous défendre et de prétendre que vous êtes innocent, mais il y a aussi un pays à diriger. Si quelqu’un a décidé de vous renvoyer pour une raison ou pour une autre, il y est parvenu !
Vous ne pouvez plus rester Premier ministre ! Votre "date de péremption" a déjà été fixée à septembre, je crois, mais vous ferez un bon geste envers nous tous, pour vous-même et pour votre famille, si demain matin, vous annoncez que vous vous mettez en congé pour une durée indéterminée, afin de vous concentrer entièrement sur les dossiers qui pèsent sur vous pour prouver votre innocence. Vous êtes allé à Paris cette semaine, en espérant serrer la main de Bashar Assad ! Mais comment aurait-il pu vous serrer la main ! Quiconque serre la main d’Olmert à l’heure actuelle, risque de se retrouver chez les enquêteurs de police dès le lendemain ! C’est réellement dangereux !
Si les conclusions de la polices sont exactes, même en partie, Olmert n’est même pas un voleur, il n’est rien de plus qu’un petit charlatan enrubanné d’escroqueries minables, qui a eu recours à de grossières combines pour nourrir le feu de son ardente soif de plaisirs et celui de sa famille. Il ne peut même pas se ‘vanter’ d’être un grand voleur ! Dans la plupart des cas, il s’agit de limites floues qu’Olmert a débordées, en espérant chaque fois que ‘tout ira bien’ Voilà tout ! Il ne pourra plus faire bonne figure après l’histoire d’enveloppes pleines d’argent remises par quelqu’un du nom de Talansky, après avoir combiné des billets d’avion pour sa famille, etc. Un petit escroc est devenu Premier ministre et à présent, c’est nous qui payons.
Etant données les circonstances actuelles, il ne peut plus continuer. Il y a quelques jours, quelqu’un dans son entourage, l’a qualifié de "toréador dans une guerre de taureaux" Le taureau se débat des heures durant contre des torchons rouges, quand tout à coup, apparaît un matador qui l’enfourche. Le taureau se met alors à saigner, à tituber et finit par s’effondrer. Le public sent l’odeur du sang et crie «Olé !» chaque fois que le matador enfonce sa lame dans le taureau et tout le monde attend, le souffle coupé, que le taureau capitule et que les chevaux l'emportent chez le boucher du coin.
Il est possible qu’Olmert a "honnêtement" mérité la haine que lui témoigne le public sur le stade et peut-être aussi qu’il est victime d’une injustice, ce qui est sûr, c’est que plus tôt il quittera la scène, mieux ce sera pour nous tous.
Il y a de fortes chances qu’Olmert soit l’escroc décrit par la police ou une variante de ce personnage. Dans les deux cas, il doit se retirer et répondre à un acte d’accusation en règles. Ce qu’il se passe en ce moment, c’est un processus de destitution, une décapitation sur place publique. Peut-être qu'après le cas Olmert, nous aurons droit à des politiciens plus honnêtes! En tous cas, ils se garderont de voyager à l'étranger sur le compte des uns ou des autres et ils éviteront de financer leur campagne électorale avec des fonds acheminés par enveloppes, valises ou cageots…
Mais il y a une autre possibilité. Elle est faible, mais il faut tout de même en tenir compte, à savoir qu'en définitive, après tout ce vacarme, Olmert s'avère être innocent, après ou avant qu'un acte d'accusation ait été déposé contre lui. Dans ce cas, que ferons-nous? Peut-être qu'une commission d'enquête sera chargée de vérifier les agissements de la police et du Parquet!? Non, ils diront sûrement qu'il est "impensable que les personnes interrogées finissent par menacer leurs enquêteurs!"
Si j'envisage une telle éventualité, bien qu'elle soit très mince, c'est pour une raison très simple: parce que cela est déjà arrivé de nombreuses fois. La dernière en date concerne le dossier de Moshé Katsav, qui a débuté par un viol atroce et s'est terminé, du moins pour l'instant, par une ridicule jérémiade (de Menny Mazouz) Il y a aussi eu en Israël trois mises à la porte de ministres de la Justice par le système juridique qui a eu recours à des moyens inacceptables, car il considérait que ces ministres représentaient pour eux un danger. C'est la raison pour laquelle j'espère de tout cœur que cette fois, la police a fait du bon et consciencieux travail, de même que le Parquet et le Conseiller juridique du gouvernement. J'espère aussi que tout ce qui a été publié est exact.
Il ne nous reste qu'à regretter que cette efficacité américaine, cette détermination à la "Giulanni" et ce courage héroïque, ne sont pas investis pour que l'ordre et la loi soit respectés dans d'autres domaines dans ce pays…
Patientons, nous verrons bien ce qui ressortira de tout cela. En attendant, telles que les choses se présentent, il n'y a pas d'autre choix: il semble que nous avons un Premier ministre problématique qui agit de façon douteuse depuis une ou deux générations. Alors, monsieur Olmert, prenez votre paperasse, convoquez vos avocats et vos conseillers et céder votre place à quelqu'un d'autre. Nous ne manquons pas de premiers ministres, mais nous n'avons pas d'autre Etat…
Ben Caspit est journaliste, chroniqueur attitré de Maariv.